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Etats-Unis : la GPA est un enfer

L’article ci-dessous a été publié sur le site du magazine l’Incorrect le 28 novembre 2018. Nous vous proposons ici les extraits les plus poignants :

« Kelly Martinez, mère porteuse à trois reprises aux États-Unis, est au cœur du documentaire #BigFertility que relaie la Manif Pour Tous. De quoi faire changer d’avis ceux qui croiraient encore à une GPA « éthique » et encadrée.

Pour les ténors de nouveaux « chemins de paternité », comme Marc-Olivier Fogiel, les États-Unis sont le royaume de la GPA légale, saine, et encadrée, bien loin des images des gestations pour autrui en batterie qui existent en Inde, en Thaïlande, etc. C’est là que réside la force du documentaire #BigFertility que lance en France la Manif pour Tous : tout se déroule aux États-Unis, et ce n’est pas mieux.

Sous les feux, Kelly Martinez. Cette Californienne, mère de trois enfants a réalisé trois gestations pour autrui, dont une dite « altruiste ». Kelly est aux États-Unis ce que les gilets jaunes sont à la France : trop souvent oubliée, elle prend la parole, pour raconter les misères économiques qui l’ont poussée aux misères humaines de la GPA. Avec son mari Jay, ils n’arrivaient plus à joindre les deux bouts, alors « gagner 25.000 dollars pendant 9 mois » lui paraissait une aubaine inouïe. (…)

La réalité fait de la mère un relais parmi d’autres, au sein d’un contrat très précis. La réalisatrice du documentaire, Jennifer Lahl, a étudié un grand nombre de ces contrats : « En pratique, les mères porteuses sont esclaves pendant neuf mois : tout ce qu’elles mangent, leur sommeil, leurs voyages, leurs relations sexuelles, tout est contrôlé. » La mère porteuse renonce à tout secret médical. « Les avocats ont pour clients les commanditaires, non les mères porteuses. Si une mère porteuse veut arrêter, elle doit rembourser tous les frais », énonce Jennifer Lahl. Pour Adeline Le Gouvello, avocate, c’est même la raison pour laquelle « la GPA est la plus faite aux USA : c’est là que le contrat a le plus de poids. » (…)

La troisième gestation pour autrui de Kelly Martinez est réalisée au profit d’un couple espagnol, toujours pour raisons financières. Sur commande du couple, deux embryons sont implantés, un garçon et une fille. La nature reprend ses droits : l’embryon fille est expulsé, et la cellule de garçon se divise en deux jumeaux, provoquant la colère des parents d’intention, qui retombe sur Kelly. « Nous faisions ce pour quoi nous étions loués [sic]. Le couple n’était pas content : ils avaient payé 5.000 $ supplémentaires pour avoir un embryon de fille qui n’avait pas pris. » La grossesse se complique : Kelly est hospitalisée pour pré-éclampsie (due à une tension trop haute), et commence un AVC avant que l’on ne provoque son accouchement. Les deux garçons naissent avec dix semaines d’avance, le couple espagnol disparaîtra avec eux, sans payer les dernières factures, laissant les Martinez endettés.

Antoine Béllion