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La crise du coronavirus : prendre le temps de réfléchir

Entretien avec Catherine Rochet-Goyard, présidente d’Avenir de la Culture

Catherine Rochet-Goyard, présidente d’Avenir de la Culture, s’adresse à nos lecteurs sur la crise du coronavirus. L’épidémie a eu un impact brutal sur la vie quotidienne des Français, sans parler des conséquences économiques et sociales désastreuses à venir. Pour elle, „la vraie nouveauté de cette épidémie c’est que Dieu est oublié par les peuples et écarté par les autorités civiles et religieuses ». La présidente d’Avenir de la Culture plaide pour qu’au milieu de la tempête, « le feu roulant médiatique ne nous ôte pas la volonté, ni la capacité de réfléchir ».

Le coronavirus est-il la face cachée de l’iceberg sur lequel le monde moderne vient de faire naufrage ?

Certes, le Covid-19 doit être pris au sérieux, et le courage et l’héroïsme de ceux – infirmières, médecins et prêtres – qui se dévouent au chevet des malades méritent la gratitude de notre pays tout entier. Dans la crise provoquée par l’épidémie, cependant, il y a un mystère. Le temps de confinement et le silence qui l’accompagne, posent naturellement dans les esprits la question : comment un micro-organisme invisible sortie de Chine a-t-il pu mettre entre parenthèses la vie de 4,3 milliards d’individus dans 80 pays ?

Le feu roulant médiatique ne doit pas nous ôter la volonté, ni la capacité de réfléchir. La grande peste, face à laquelle le coronavirus est parfois abusivement comparé, a décimé en cinq ans (1347-1352) un quart des Européens faisant environ 25 millions de victimes. La grippe espagnole qui s’est répandue de 1918 à 1919, souvent citée elle aussi dans la presse, est responsable du décès prématuré d’au moins cinquante millions de personnes. Les victimes du Covid-19 ne se comptent pas en dizaines de millions, mais en dizaine de milliers. Pourtant l’épidémie que nous vivons est capable de terroriser les populations de toute la planète, de mettre à genoux les grandes puissances et, avec elles, l’économie mondiale.

Bien que la façon d’estimer la contagion et la mortalité directement causée par l’épidémie soit contestée par des observateurs et experts renommés, notre vie quotidienne a été bouleversée avec une force d’impact similaire à celui d’une véritable catastrophe.

Voulez-vous dire que ce qui nous paraissait acquis ne l’est plus ?

L’espace Schengen est mis de côté. Le retour du tragique, du risque permanent et de la mort au quotidien, puis des conséquences économiques et sociales désastreuses à venir, nous plonge dans l’inconnu.

Le coronavirus a transformé nos paradis matériels en enfers. Le bateau de croisière, symbole de tous les plaisirs terrestres, est devenu une prison infectée pour ses passagers dont le seul désir était d’en sortir à tout prix. Et les paradis que l’on prétendait trouver sur terre ferment leurs portes les uns après les autres. Ceux qui ont fait du sport leur dieu trouvent des stades vides et des compétitions annulées. Ceux qui vouaient un culte à la finance assistent atterrés à l’effondrement des bourses. Les adeptes du consumérisme voient les rayons de supermarchés vidés en l’espace de quelques heures. Il n’est pas nécessaire d’être Cassandre pour comprendre que notre monde, que nous imaginions invincible, est sur le point de s’écrouler même si des milliards d’euros sont dépensés pour tenter de sauver les meubles.

Qu’avez-vous à dire sur l’épidémie de peur qui a frappé le monde confiné ?

En plus d’une épidémie – une maladie infectieuse présente sur une large zone géographique – l’évêque du diocèse de Belley-Ars, Mgr Pascal Roland, a dénoncé une épidémie de peur : « La panique collective à laquelle nous assistons aujourd’hui n’est-elle pas révélatrice de notre rapport faussé à la réalité de la mort ? Ne manifeste-elle pas les effets anxiogènes de la perte de Dieu ? »

S’arrogeant le droit de contrôler les moindres mouvements des citoyens, les grandes démocraties ont réduit brutalement en quelques heures la liberté de se déplacer, et ceci avec le consentement des populations elles-mêmes, apeurées à l’idée d’être confrontées, même moyennant un risque très faible, à la possibilité d’une mort prochaine.

Pour le moment, force est de constater que les résultats tardent à être à la hauteur des immenses moyens déployés par les gouvernements et les laboratoires pharmaceutiques, ajoutant le désespoir à l’angoisse d’un monde habitué aux solutions instantanées, à portée de clic. Dans une société où tout est programmé, des vacances que l’on va prendre dans trois mois à la retraite que l’on prendra dans trente ans, impossible de savoir quand l’on pourra à nouveau sortir tranquillement de chez soi.

Le confinement même devient une redoutable épreuve pour des millions de personnes habituées à noyer dans l’action leur absence de vie intérieure. Reste, pour tuer le temps, la consommation sans modération et en continu des nouvelles sur internet où la vacuité des réseaux sociaux est concurrencée par l’industrie pornographique, largement bénéficiaire de la crise.

Pour vous, quelle est la vraie nouveauté de cette crise ?

Autrefois, quand des épidémies bien plus redoutables encore frappaient les hommes, que faisaient ceux-ci ? Ils se tournaient immédiatement vers Dieu ! Ils Le suppliaient de mettre fin au fléau, multipliant pour cela invocations, pénitences et processions. Aujourd’hui, et c’est sans doute là que se trouve la grande nouveauté de cette épidémie : Dieu est oublié par les peuples et écarté par les autorités civiles et religieuses.

Bien qu’à genoux, les hommes refusent de se mettre en prière ! Individuellement chacun a manifesté sa Foi, mais collectivement ? Dieu est placé en quarantaine, pour reprendre l’expression sarcastique utilisée par certains médias.

Parmi les mesures décrétées, la plus scandaleuse est sans doute celle qui rend plus au moins interdit l’exercice du culte public. L’Église et ses sacrements sont considérés comme une occasion de contagion, traités de la même manière qu’un match de football ou une séance au cinéma. En Italie, en Belgique, en France, les messes sont célébrées à huis clos – sans fidèles – et les confessionnaux abandonnés. On n’avait plus vu une telle chose depuis la Terreur de la Révolution française et pourtant nul ne s’en indigne !

Ce qui se passe peut-il être interprété comme un avertissement de Dieu ?

Un an après l’incendie et la fermeture de Notre-Dame durant la Semaine Sainte de 2019, que nul n’a voulu interpréter comme un avertissement du Ciel, ce sont toutes les églises de France qui subissent le même sort. En ces jours d’épidémie, combien de malades sont-ils morts, et combien d’autres mourront encore, sans le secours de la religion ?

Malheureusement, force est de constater que certaines autorités de l’Église ne sont que trop disposées à se conformer à ces mesures. Comment comprendre qu’elles privent les fidèles des sacrements au moment même où ceux-ci en ont le plus besoin ? Davantage préoccupés par la purification des mains que celle des âmes, des escadrons de curés hygiénistes vident les bénitiers et ferment les portes des sanctuaires avec un zèle absurde.

Même les miracles ne sont plus autorisés. Les autorités ecclésiastiques ont fermé les piscines du sanctuaire de Lourdes alors que nul ne leur en avait fait la demande ! Les eaux miraculeuses de Massabielle ont probablement guéri toutes les maladies connues de l’humanité. Ne pouvaient-elles rien contre le coronavirus ou faut-il conclure que ceux qui ont en mains les clés du sanctuaire ont perdu la foi ? On pense à la protestation en forme de pancarte plantée devant le cimetière St-Médard que Louis XIV avait fermé pour faire cesser l’exaltation de « convulsionnaires » : « De par le Roi, défense à Dieu de faire des miracles en ce lieu. »

Il semble que soudainement l’Église ne sache plus rien de la guérison des corps et des âmes, alors que c’est Elle qui a inventé l’hôpital au Moyen Âge. Hôpitaux où chaque patient était traité comme s’il était le Christ lui-même.

À travers les âges, alors que sévissaient la peste et le choléra, les ordres religieux ont toujours répondu présents pour apporter soins et réconfort aux malades et aux mourants. En période de peste, leurs prières s’élevaient jusqu’au ciel pour demander à Dieu de venir en aide à une société pécheresse qui avait besoin de sa miséricorde.

L’histoire témoigne que ces prières ont souvent été entendues comme cela s’est produit à Marseille en 1720 : la peste a pris fin après la consécration solennelle de la ville au Sacré Cœur de Jésus. Le Père A. Hamon, S. J., dans son livre « Histoire de la dévotion au Sacré Cœur, rapporte que « le jour de Toussaint de 1720, Mgr de Belsunce, évêque de Marseille, dirige une procession expiatoire, pieds nus, la corde au cou, portant une croix entre ses bras. Arrivé près de l’autel, il monte sur un banc et laisse parler son cœur : il encourage, il exhorte à la pénitence, il faut apaiser la colère d’un Dieu justement irrité par nos crimes, il faut surtout avoir une entière confiance dans le Sacré Cœur ».

Selon vous, y a-t-il quelques raisons d’espérer ?

Lorsque l’Église accomplit sa vocation, elle adoucit les crises les plus amères. Comme une mère, elle apporte consolation et espoir dans les moments d’obscurité et nous rappelle que nous ne sommes pas seuls puisque la Providence ne nous abandonne jamais.

Aujourd’hui, l’humanité semble revivre la situation du Fils prodigue de l’Évangile, mais sans encore le repentir. Détournée de Dieu, elle met tous ses espoirs dans un monde qui laisse les mourants seuls au moment de rendre leur dernier souffle. Après avoir dilapidé son héritage chrétien, sous la servitude de ses passions qui ne lui donnent finalement aucune satisfaction, elle doit faire le chemin de retour au bon Père, riche et doux, qui ne cessa jamais de l’aimer, de penser à lui et de l’attendre patiemment.

Quels sont les malheurs découlant d’une société sans Dieu ?

Songeons que chaque année 220 000 enfants à naître sont tués en toute légalité dans notre pays. En même temps, la préférence pour le concubinage est énorme et un couple marié sur deux divorce ! Les actes homosexuels, condamnés aussi bien par les Saintes Écritures que par l’enseignement de l’Église, font l’objet d’une marche des fiertés (la Gay Pride) et l’on ose appeler « mariage » la relation peccamineuse qui lie deux hommes, ou deux femmes !

Dans nos écoles, on enseigne à nos enfants et petits-enfants qu’ils peuvent choisir, en fonction de leur goût, d’appartenir à l’un ou l’autre sexe, au mépris de la réalité biologique voulue par Dieu (« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1, 27).

A cela, il faut encore ajouter l’abandon progressive de la pratique religieuse. De plus en plus de Français ne croient plus en Dieu. « La part des « sans-religion », donc des athées, des agnostiques ou des déistes, est passée de 27 à 58 % de la population française en quarante ans. Il s’agit d’un groupe très hétéroclite, mais qui représente aujourd’hui la majorité absolue de la population française », révèle « Le Point » le 24 juin 2019.

Combien de Français respectent aujourd’hui l’obligation de se rendre à la messe chaque dimanche ? À peine 6% de la population contre 35% en 1960. Pour la première fois depuis des siècles, le catholicisme a cessé de structurer la société française, fait fort justement remarquer le politologue Jérôme Fourquet.

À cette apostasie silencieuse, s’ajoutent de nouvelles formes de persécutions. Dans les médias, et sur les scènes de théâtres, les blasphèmes sont courants et bénéficient d’une impunité absolue. Chaque année, en France, a même lieu une Fête de l’Enfer où les pires injures contre Notre Seigneur sont proférées sous les applaudissements de milliers de personnes ! Et l’on ne compte plus les profanations d’églises. La déchristianisation et cette guerre menée contre la Foi catholique font le lit d’une autre religion : l’Insee révèle qu’en 2018, 21,6% des nouveau-nés en France ont eu un prénom musulman.

Cette marche accélérée de la décadence de la France peut-elle être inversée ?

Alors que la France et toute l’humanité s’enfoncent dans le chaos, le message délivré par la Vierge Marie à Fatima, il y a un peu plus d’un siècle, semble soudain d’une brûlante actualité. En 1917, la Mère de Dieu a averti sans ambiguïté que son Fils était très offensé par l’impiété des pécheurs et que, si cette impiété persistait, l’humanité serait punie : « La guerre va finir, mais si on ne cesse pas d’offenser Dieu… une autre, bien pire, commencera. (…) Si on répond à mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix ; sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. »

C’est exactement ce qui s’est passé ! L’appel à la conversion n’a pas été entendu. Deux guerres mondiales ont eu lieu puis les erreurs de la Russie, c’est-à-dire du communisme, se sont répandues partout. Le refus de la loi de Dieu, l’avortement, la destruction du mariage et de la famille, la licence sexuelle absolue, les persécutions contre la foi chrétienne : tout cela a été mis en place en Russie en même temps que le marxisme-léninisme puis repris, sous diverses formes, dans le monde entier y compris, nous l’avons vu, en France.

« Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties », a encore averti la Mère de Dieu.

Ces malheurs que la Vierge Marie a annoncés aux trois pastoureaux auraient pu être évités. Et de plus grands encore peuvent toujours l’être. Mais pour cela nous devons rappeler à nos contemporains que le salut se trouve dans la conversion, la prière et la pénitence, comme l’a dit la Mère de Dieu. Si, dans son naufrage, le monde moderne ouvrait les yeux sur ce qui a causé sa chute – la profonde crise religieuse et morale que nous vivons – il verrait sans aucun doute l’une des plus grandes manifestations de la miséricorde infinie de Dieu pour le monde.

Et pour la France, quel avenir ?

Tout ce que je viens de dire sur le message de Fatima est certainement applicable à la France. Cependant, notre pays a une relation très privilégiée avec Jésus-Christ et son Église. Le Cardinal Pie, une des plus importantes figures religieuses du XIXe siècle français achevant l’oraison funèbre du général de Lamoricière, le 5 décembre 1865, eut une envolé que Pie X a fait sienne dans une allocution consistoriale : « Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l’Église et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés. … Ô France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n’est pas dans ta nature. »

Beaucoup disent que rien ne sera plus comme avant. Il convient de rappeler que les occasions difficiles, lorsque les modes de vie changent et les mentalités sont bouleversées, engendrent souvent les moments de grandes conversions.

​Photo : ​Catherine Rochet-Goyard, présidente d’Avenir de la Culture

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