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L’objectif de la guerre en Ukraine est la destruction de l’Occident chrétien

Cet article a été publié sur le site de la TFP américaine le 24 février 2022 sous le titre « The End of History Just Ended ». John Horvat II, vice-président de Société américaine pour la défense de la tradition, de la famille et de la propriété, est un universitaire, chercheur, éducateur, conférencier international et auteur du livre « Return to Order : From a Frenzied Economy to an Organic ». Pour lui, la crise ukrainienne est un moment marquant où deux visions du monde entrent en conflit : les démocraties libérales et les régimes nationalistes autocratiques. Ces deux systèmes, nés de la modernité, s’effondrent.

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John Horvat II

En 1992, le politologue américain Francis Fukuyama publiait son célèbre ouvrage, La fin de l’histoire et le dernier homme. L’auteur affirmait que la chute du rideau de fer marquait une étape d’une immense importance pour l’Occident.  Selon lui, la fin de la guerre froide n’était pas seulement « la fin d’une période particulière de l’histoire de l’après-guerre, mais la fin de l’histoire en tant que telle. C’est-à-dire le point final de l’évolution idéologique de l’humanité et l’universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement humain. »

Empruntant à Hegel et Marx l’idée de l’évolution des événements, il annonçait que désormais la démocratie libérale serait la forme finale de gouvernement pour toutes les nations. Il n’y aurait pas de progression ultérieure vers un système alternatif.

Un récit qui boitait jusqu’à présent

Les événements ultérieurs ont remis en question son scénario de fin de l’histoire. Le terrorisme, les guerres islamiques et la polarisation ont tous semblé conspirer contre le professeur Fukuyama en ajoutant des chapitres au livre d’histoire fermé. Cependant, tout au long de la période de l’après-guerre froide, le système démocratique libéral est resté la forme idéale de gouvernement. Le monde globalisé a standardisé les économies en utilisant le cadre et les protocoles développés sous la démocratie libérale. Le récit de Fukuyama boitait jusqu’à présent parce qu’aucune alternative crédible ne le contestait.

Avec l’invasion de l’Ukraine, cependant, la fin de l’histoire vient de s’achever. Je m’explique. La démocratie libérale apparaît faible, autodestructrice et désorientée. Des alternatives belliqueuses ne sont pas seulement à l’horizon mais avancent dans le paysage sous la forme de chars et de mouvements de troupes. La crise ukrainienne est un autre moment marquant où deux visions du monde entrent en conflit : les démocraties libérales et les régimes nationalistes autocratiques.

Les deux camps sont en crise

Le moment arrive alors que les deux parties sont en crise. D’un côté, la démocratie libérale est en plein désarroi. Des institutions fondamentales comme la nation, la famille, l’État, les groupes intermédiaires et la foi s’effondrent, détruisant le tissu social. L’aile radicale du libéralisme est engagée dans un comportement suicidaire car elle cherche à détruire les structures sociales jugées trop oppressives. Les mécanismes de l’État de droit, qui permettent au système de résoudre les problèmes par des processus pacifiques et légaux, s’effondrent. Par conséquent, les choses deviennent violentes et instables à l’intérieur des régimes démocratiques libéraux.

D’autre part, les régimes autocratiques comme ceux de la Russie et de la Chine, qui s’opposent à la démocratie libérale, sont également en crise. Ils sont confrontés à une chute vertigineuse de la démographie dues à l’érosion des mœurs ou à de draconiennes politiques anti-natalité. Leurs structures sociales sont également désorganisées par une corruption généralisée. Cependant, des mécanismes puissants de pouvoir gouvernemental sont mis en place pour donner une apparence de maîtrise à une société irrémédiablement en décomposition.

Deux systèmes nés de la modernité

Ainsi, l’affrontement entre les deux systèmes en décomposition est enclenché, relançant les processus historiques censés être terminés. Il serait erroné de penser que les deux systèmes sont diamétralement opposés. Tous deux sont des produits de la modernité et partagent les mêmes philosophies. Ils peuvent différer dans leurs méthodes mais s’accordent sur la vision moderne de l’humanité et de l’histoire.

Les deux systèmes ont progressé dans la décadence au point qu’ils veulent maintenant renverser les structures oppressives qui les brident. La démocratie libérale entend éliminer les structures sociales qui, selon les radicaux, favorisent l’oppression systémique. Les régimes autocratiques veulent détruire les structures politiques internationales (comme l’OTAN) qui éternisent l’ordre d’après-guerre. Ce conflit n’est donc pas un désaccord politique mais un changement de paradigme vers un monde anti-occidental.

La cible est l’Occident chrétien

L’objectif de la guerre ukrainienne est la destruction de l’Occident chrétien en tant qu’idéal de civilisation.

En effet, les médias parlent tous de la destruction de l’ordre de l’après-guerre froide. Ils signalent le défi à l’hégémonie occidentale. Personne ne conteste cet objectif. Cependant, la plupart des médias ne font pas allusion aux dangereuses alternatives qui remplaceront l’Occident. La Russie, la Chine et leurs États vassaux considèrent l’Occident comme un système en décadence qui doit être supplanté par un monde nouveau qui recycle de vieilles erreurs fondées sur le nationalisme, le marxisme, le gnosticisme et même des éléments mystiques. Qu’il s’agisse du néo-eurasisme d’Alexandre Douguine (1) ou de la « nouvelle ère du socialisme aux caractéristiques chinoises » de Xi Jinping, l’accent est mis sur l’anti-occidentalisme et le pro-marxisme.

De leur côté, les sociétés démocratiques libérales remettent en question leurs racines chrétiennes. La « théorie de la race critique » (2) et d’autres schémas du mouvement « woke » (3) considèrent l’Occident la racine de tous les maux enracinés dans ses institutions.

Ainsi, l’Occident est confronté à des ennemis internes et externes qui cherchent à faire tomber les structures géopolitiques et les alliances militaires qui soutiennent encore son hégémonie. Ces attaques surviennent, personne ne peut le nier, à un moment de grande décadence morale dans la société occidentale, de leadership dérangeant et de déséquilibre post-pandémie du Covid 19.

Pourquoi l’Occident est ciblé

La raison de cette focalisation sur l’Occident n’est pas arbitraire. Il ne s’agit pas de régions géographiques à peu près équivalentes qui se battent entre elles. Ces régimes autocratiques ne réagissent pas à des mœurs occidentales dégénérées qui méritent toutes les condamnations du point de vue de la morale chrétienne. En fait, ils partagent la même dépravation, bien qu’elle se manifeste différemment.

Cette hostilité anti-occidentale se concentre sur les vestiges de l’ordre chrétien qui a construit l’Occident. Les racines de la civilisation occidentale sont fondées sur les institutions, la morale et les vérités chrétiennes qui rendent possible un ordre et un progrès véritables. Le conflit actuel vise donc ce cadre moral aujourd’hui en ruines, ainsi que les structures créées par l’Église, comme l’État de droit, la hiérarchie, la logique classique et la pensée systématisée, qui ont élevé l’Occident et exercent toujours une influence. Tant que cette petite plateforme existe, elle doit être sauvegardée.

L’Occident doit être défendu. Cela ne se fait pas par le conflit de deux souches décadentes de la modernité. Leur combat ne résout rien. Le véritable objectif devrait être de défendre les vestiges de l’ordre chrétien en Occident comme tremplin vers un retour complet à l’ordre. L’Occident doit s’opposer, à l’intérieur comme à l’extérieur, aux erreurs de la modernité qui visent ces vestiges et qui précipiteront le monde dans le chaos.

Dans cet apocalyptique scénario, une parole d’espoir s’impose. La défense de l’Occident ne peut être efficace qu’avec une régénération morale qui doit inclure une action divine telle que prévue par la Sainte Vierge à Fatima. Si la fin d’une période de l’Histoire est terminée, une autre est à nouveau en mouvement. L’Occident reviendra-t-il à l’ordre chrétien, c’est-à-dire à un retour à la maison de son Père, d’où il n’aurait jamais dû sortir ?

  1. L’eurasisme est une doctrine géopolitique et une idéologie politique qui considère l’ensemble formé par la Russie et ses voisins proches, slaves, roumains, grecs ou musulmans, comme une entité continentale à part entière, appelée Eurasie.
  2. Apparue dans les écoles de droit des États-Unis au milieu des années 1980, la critical race theory prend en point de mire les principes libéraux, méritocratiques et les rapports de pouvoir établis en faveur de la population blanche.
  3. Le terme anglo-américain woke (« éveillé ») désigne le fait d’être conscient des problèmes liés à la justice sociale et à l’égalité raciale. Ce courant regroupe le mouvement Black Lives Matter et des formes connexes d’antiracisme, les marches pour le climat ainsi que des campagnes sur les questions relatives à la condition féminine (comme le mouvement #MeToo) et aux droits LGBT. L’expression « capitalisme éveillé » (« woke capitalism ») a été inventée pour décrire les entreprises qui ont exprimé leur soutien à ce type de causes.

Source : https://www.tfp.org/the-end-of-history-just-ended/

Source photo : Basilique-cathédrale de l’Assomption, Lviv, Ukraine – By Rbrechko – Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=72904625

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